Quinze récits sur deux mille ans d’histoire marocaine, racontés chaque fois par quelqu’un de ton âge qui y était. Une clé en bronze passe de main en main — d’un pressoir à olives de Walili jusqu’à une boîte chez une grand-mère en Europe. Personnages inventés, événements réels ; à la fin de chaque tome, ce qui est vrai.
Walili, Tariq ibn Ziyad, Fatima al-Fihri, Marrakech
Prix de lancement jusqu'au 30 novembre 2026 inclus. Ensuite € 49,99.
Les 15 tomes ensemble pour € 34,99 — vous achetez la série, pas un tome.
Les tomes
Tome 1
L’incendie des olives
± 200 · Walili (Volubilis), au pied du Zerhoun
Tala a la clé de la réserve, et l’intendant la veut. Quand l’huile de toute la ville est en danger, elle doit choisir entre obéir et avoir raison.
Raconté par Tala, onze ans, fille d’un maître pressier tombé malade
Ce qui s’est vraiment passé
Volubilis — Walili en arabe — était une vraie ville romaine près de Meknès, avec des milliers d’habitants, des thermes et des rues pavées.
La ville vivait de l’huile d’olive. On y a dégagé des dizaines de pressoirs, et ils fonctionnaient selon le même principe que ceux qu’on utilise encore au Maroc aujourd’hui.
Les sols étaient couverts de mosaïques. Une partie est toujours là, à ciel ouvert.
La population était en grande partie amazighe ; la vie romaine et la vie amazighe s’y mêlaient.
Ce qui est inventé
Tala, sa famille et l’intendant Marcus n’ont pas existé.
L’incendie de l’histoire est inventé. Rien ne prouve qu’un grand incendie ait eu lieu à Walili à cette époque.
La clé à l’étoile à huit branches est inventée. Le khatam à huit branches, lui, est un motif marocain bien réel et très ancien.
La clé La clé est forgée à Walili par le grand-père de Tala, et repart à la fin vers les collines avec une caravane amazighe.
Tome 2
L’autre rive
711 · Tanger, et le détroit vers le nord
Une armée traverse vers un pays que personne ne connaît. Ayyur a le droit de venir pour s’occuper des chevaux — et il découvre que l’homme que tout le monde suit a peur, lui aussi.
Raconté par Ayyur, douze ans, fils d’un berger, chargé des chevaux
Ce qui s’est vraiment passé
Tariq ibn Ziyad était un chef de guerre amazigh qui, en 711, traversa le détroit avec une armée vers le sud de l’Espagne actuelle.
Le rocher où il débarqua porte encore son nom : Jabal Tariq, la montagne de Tariq — déformé en Gibraltar.
La plus grande partie de son armée était composée de soldats amazighs d’Afrique du Nord.
L’histoire selon laquelle il aurait fait brûler ses navires n’a été écrite que des siècles plus tard et n’est pas tenue pour un fait par les historiens.
Ce qui est inventé
Ayyur et sa famille n’ont pas existé.
Les conversations avec Tariq sont inventées. On ne sait presque rien de son caractère.
Le voyage de la clé est inventé.
La clé La clé pend au harnais d’un cheval et reste de l’autre côté, dans la sacoche d’un scribe.
Tome 3
Ce que Fatima a bâti
859 · Fès, sur la rive du fleuve
Une femme dépense tout son héritage dans un bâtiment dont personne ne voit à quoi il sert. Hind porte l’eau, compte les pierres — et comprend la première ce que cela doit devenir.
Raconté par Hind, treize ans, orpheline qui porte l’eau pour les maçons
Ce qui s’est vraiment passé
Fatima al-Fihri fonda en 859 à Fès la Qarawiyyin : une mosquée qui devint un lieu d’enseignement.
Cette institution est considérée comme la plus ancienne université encore en activité au monde ; elle figure à ce titre dans le Guinness Book of Records et à l’UNESCO.
Elle en paya la construction avec l’héritage de son père, un marchand venu de Kairouan, dans l’actuelle Tunisie.
Sa sœur Maryam fonda dans la même ville la mosquée des Andalous. Elle est encore là.
Fès se composait alors de deux villes séparées de part et d’autre du fleuve : un quartier de gens venus de Kairouan et un quartier de gens venus d’Andalousie. Les deux mosquées des deux sœurs se dressent chacune d’un côté.
Fès elle-même venait d’être fondée, sous Idris Ier et son fils Idris II.
La Qarawiyyin n’a jamais fermé depuis 859. On ne connaît pas une année où l’on n’y ait pas enseigné.
Ce qui est inventé
Hind n’a pas existé. Driss le maçon, tante Rahma et le garçon près des chambres non plus.
On sait peu de chose de la vie quotidienne sur le chantier ; cela a été comblé avec ce que l’on sait d’autres constructions de l’époque.
La scène où Fatima parle avec Hind est inventée, et celle où elle pellette dans la boue aussi.
Que Fatima ait jeûné pendant toute la durée des travaux est une tradition rapportée. Rien ne prouve que cela se soit passé ainsi, et le livre le raconte donc comme quelque chose que l’on raconte.
Que l’argent ait manqué à mi-chemin et que la ville ait repris le travail est inventé. Comment la construction a été payée exactement, nous l’ignorons.
La clé La clé est glissée dans les fondations, et en ressort des années plus tard lors de travaux.
Tome 4
La ville qui n’existait pas encore
± 1070 · La plaine où Marrakech se construit
On fait sortir de terre une ville là où il n’y a rien. Isli apporte les pierres, et apprend de la femme qui dirige tout pourquoi c’est ici.
Raconté par Isli, douze ans, chamelier venu du sud
Ce qui s’est vraiment passé
Marrakech fut fondée vers 1070 par les Almoravides, sous Youssef ben Tachfine.
Le pays porte le nom de cette ville : Marrakech est devenu Maroc dans les langues européennes.
Zaynab an-Nafzawiyya était l’épouse de Youssef ben Tachfine et eut une grande influence sur le gouvernement ; les chroniqueurs médiévaux la nomment explicitement.
Les Almoravides établirent le réseau d’irrigation souterrain — les khettaras — qui alimentait la ville en eau. Une partie existe encore.
Tout près de Marrakech il y avait déjà une ville : Aghmat, adossée aux montagnes. Elle fut quittée pour la ville neuve de la plaine. On fouille Aghmat aujourd’hui.
Le rempart est en terre damée (tabia) et fait plus de dix-neuf kilomètres. La terre y est rouge, et c’est pour cela que la ville est rouge.
Marrakech était au croisement des routes caravanières. Du sud venait l’or de l’empire du Ghana et de la région du Mali actuel ; vers le sud partait le sel.
Ce qui est inventé
Isli, son oncle, la chamelle Tamghart et le creuseur Brahim n’ont pas existé.
Les conversations avec Zaynab sont inventées ; ce qu’elle a réellement dit ne nous est pas parvenu.
L’effondrement du septième puits est inventé. Que ce travail fût dangereux ne l’est pas : au fil des siècles, beaucoup sont morts en creusant des khettaras.
Comment le premier marché est né, nous l’ignorons. Que les villes commencent ainsi, nous le savons.
La clé La clé voyage dans une sacoche de selle et reste dans le mur de la première porte de la ville.
Tome 5
Le monde sur une seule feuille
1154 · Ceuta, et la cour du roi Roger en Sicile
Un savant de Ceuta dessine une carte du monde entier pour un roi chrétien. Sanaa broie son encre — et découvre qu’une carte est plus dangereuse qu’une épée.
Raconté par Sanaa, quatorze ans, fille d’un faiseur de cartes
Ce qui s’est vraiment passé
Muhammad al-Idrisi est né vers 1100 à Ceuta et a travaillé à la cour du roi Roger II de Sicile.
En 1154 il a achevé la Tabula Rogeriana : une carte du monde accompagnée d’un vaste livre de géographie.
Sa carte a été pendant des siècles la plus exacte du monde connu, et on s’en est servi en Europe jusque tard dans le seizième siècle.
Sur la carte, le sud est en haut — c’est ainsi qu’on dessinait alors les cartes dans le monde musulman.
La carte se compose de soixante-dix feuilles : sept zones climatiques du sud au nord, chacune découpée en dix morceaux d’ouest en est.
Al-Idrisi travaillait en interrogeant des voyageurs et en comparant leurs réponses. Ce qu’un seul homme affirmait, il ne le reprenait pas.
Une version en argent a également été réalisée, de plusieurs centaines de livres. Elle a disparu après la mort de Roger II et a presque certainement été fondue.
En Sicile, sous Roger II, on gouvernait en trois langues : arabe, grec et latin. Ses monnaies portent de l’arabe et du latin.
Le livre qui accompagne la carte s’appelle Nuzhat al-mushtaq : le plaisir de celui qui désire franchir l’horizon.
Ce qui est inventé
Sanaa et son père n’ont pas existé.
Les intrigues de cour du récit sont inventées, même si la cour de Roger II était réellement un lieu où musulmans, chrétiens et juifs travaillaient ensemble.
Le capitaine qui contredit la courbe de la côte est inventé. Qu’al-Idrisi ait corrigé de vieilles cartes avec ce que lui racontaient les marins, cela ne l’est pas.
Que des coreligionnaires aient reproché à al-Idrisi de travailler pour un roi chrétien nous est parvenu ; les conversations à ce sujet dans ce livre sont inventées.
La clé La clé sert de poids sur un parchemin et repart avec eux vers l’Afrique du Nord.
Tome 6
Trente ans sur les routes
1325 – 1354 · De Tanger à La Mecque, l’Inde, la Chine et retour
Un jeune homme de Tanger part pour le pèlerinage et rentre trente ans plus tard. Musa note ce qu’il voit — et s’aperçoit que son maître ne raconte pas tout comme cela s’est passé.
Raconté par Musa, treize ans, apprenti scribe qui suit le voyage comme aide
Ce qui s’est vraiment passé
Ibn Battuta est parti de Tanger en 1325, à vingt et un ans, pour le pèlerinage de La Mecque.
Il a voyagé près de trente ans et parcouru, selon les estimations, plus de cent vingt mille kilomètres — bien plus que Marco Polo.
Il a vu entre autres l’Égypte, la Perse, l’Inde, les Maldives, peut-être la Chine, et l’empire du Mali.
De retour au Maroc il a dicté son récit au scribe Ibn Juzayy ; ce livre s’appelle la Rihla.
Certaines parties de la Rihla sont probablement recopiées d’autres récits de voyage ; on en discute depuis des siècles. C’est surtout sur la Chine que les savants ne s’accordent pas.
À Delhi il a été juge pendant huit ans sous le sultan Muhammad ibn Tughluq, aussi généreux que dangereux. Ibn Battuta est tombé en disgrâce et s’est retiré auprès d’un ascète hors de la ville.
Il a ensuite été envoyé en ambassade en Chine. Cette ambassade a été attaquée en route et la flotte a péri au large des côtes de l’Inde.
Aux Maldives il est redevenu juge et s’est marié dans la famille régnante.
En 1348 il a traversé Damas pendant la peste noire. Sa description est l’un des rares témoignages oculaires que nous ayons de la peste au Moyen-Orient, avec la procession commune des musulmans, des chrétiens et des juifs hors des murs.
Sa mère est morte de cette même peste peu avant son retour.
Le phare d’Alexandrie, l’une des sept merveilles du monde, tenait encore à moitié debout lors de sa première visite et s’était effondré sous les tremblements de terre lors de la seconde.
Ce qui est inventé
Musa n’a pas existé. Le vrai scribe était Ibn Juzayy, et ce n’était pas un enfant.
Les cinq coffres, le coffre qui passe par-dessus bord et les notes que Musa réécrit de mémoire sont inventés.
L’ordre de certains voyages a été simplifié, parce que la Rihla elle-même ne tient pas toujours debout sur ce point.
Les conversations sont inventées, y compris celle sur la Chine — mais le doute qu’elles portent est réel et des savants le partagent.
La clé La clé fait le tour de la moitié du monde dans un coffre de voyage et revient à Fès avec Ibn Battuta.
Tome 7
Le garçon qui a reçu deux noms
± 1520 · Fès, la Méditerranée, et Rome
Un jeune diplomate de Fès est pris en mer et offert au pape. Il reçoit un nouveau nom, une nouvelle religion et une nouvelle langue — et écrit le livre par lequel l’Europe a connu l’Afrique.
Raconté par Hassan, quinze ans, fils de diplomate de Fès
Ce qui s’est vraiment passé
Al-Hassan ibn Muhammad al-Wazzan est né vers 1494 à Grenade et a grandi à Fès.
Il a voyagé comme envoyé à travers l’Afrique du Nord et a été capturé vers 1518 par des corsaires puis offert au pape Léon X.
Il a été baptisé sous le nom de Johannes Leo de Medici et on le connaît comme Léon l’Africain.
Son livre « Description de l’Afrique » (1526) a été pendant des siècles la principale source sur l’Afrique du Nord en Europe.
Jeune garçon, il a travaillé deux ans comme scribe au maristan de Fès, l’hôpital où l’on soignait aussi les malades de l’esprit.
Il a voyagé avec la caravane jusqu’à Tombouctou et a décrit en chemin Taghaza, la mine de sel du Sahara où les maisons sont bâties en plaques de sel.
De Tombouctou il a écrit qu’on y gagnait plus sur les livres que sur n’importe quelle autre marchandise. Pendant des siècles l’Europe ne l’a pas cru ; depuis les années quatre-vingt, des centaines de milliers de manuscrits de la ville et des environs ont refait surface.
Il a été baptisé le 6 janvier 1520 à Saint-Pierre, avec le pape Léon X pour parrain.
En Italie il a enseigné l’arabe et travaillé avec le médecin juif Jacob Mantino — chassé d’Espagne lui aussi — à un dictionnaire arabe-hébreu-latin. Il n’a jamais été achevé.
Il a écrit son livre en italien, une langue qu’il ne connaissait que depuis quelques années. Dans le plus ancien manuscrit ses tournures à lui, non italiennes, sont encore visibles ; des éditeurs plus tardifs les ont effacées.
En 1527 Rome a été mise à sac par des mercenaires impayés. Après cela il n’apparaît plus dans aucun document.
Il est probablement retourné plus tard en Afrique du Nord ; on ne sait presque rien de ses dernières années.
Ce qui est inventé
Les conversations et sa vie intérieure sont inventées. Ce qu’il pensait vraiment de sa conversion forcée, nous l’ignorons — il n’en a pas laissé une seule ligne.
Les trois explications de son baptême sont données comme des possibilités, pas comme un fait. La fable de l’oiseau qui peut être poisson, elle, est bien dans son livre, et il écrit lui-même qu’il est cet oiseau.
Qu’il ait corrigé des erreurs dans la marge de livres de géographie au château Saint-Ange est inventé.
La clé dans la reliure est inventée.
La clé La clé est cachée à Rome dans la reliure d’un livre et revient des années plus tard à Tunis avec ce livre.
Tome 8
Trois rois, un seul jour
1578 · Près de Ksar el-Kébir, sur le fleuve Loukkos
En un seul jour, trois rois meurent dans la même bataille. Driss bat le tambour, voit la chose arriver, et ne comprend que plus tard ce que le pays y gagne et y perd.
Raconté par Driss, quatorze ans, tambour dans l’armée
Ce qui s’est vraiment passé
La bataille des Trois Rois (ou bataille de Ksar el-Kébir) a eu lieu le 4 août 1578.
Trois rois y ont péri : le roi portugais Sébastien, le sultan déposé Abu Abdallah Mohammed et le sultan en place Abd al-Malik.
Le Portugal y a perdu son roi et a peu après perdu son indépendance au profit de l’Espagne.
Le nouveau sultan fut Ahmad al-Mansour, le frère d’Abd al-Malik.
Sébastien avait vingt-quatre ans et pas d’enfant. Ses conseillers lui avaient déconseillé l’expédition ; son oncle le cardinal lui a succédé et est mort deux ans plus tard, après quoi Philippe II d’Espagne a revendiqué le trône portugais.
Abd al-Malik était malade depuis des semaines et commandait depuis une litière. Sa mort au milieu de la bataille a été cachée à l’armée.
Au Portugal on a cru pendant des siècles que Sébastien vivait encore et reviendrait. Cette croyance a un nom : le sébastianisme.
Des milliers de nobles portugais ont été faits prisonniers et rachetés contre rançon. Cet argent est allé au Maroc et a aidé à payer le gouvernement d’Ahmad al-Mansour et la construction du palais el-Badi.
Ce qui est inventé
Driss, Aziz et le garçon portugais au ruisseau n’ont pas existé.
Les vingt-sept signaux de tambour sont inventés. Que les armées aient été dirigées au tambour parce qu’une voix ne porte pas assez loin ne l’est pas.
Le déroulement de la bataille est simplifié ; les témoins oculaires se contredisent sur beaucoup de points.
Cette partie parle d’une bataille et il y meurt des gens. Elle est écrite pour des lecteurs à partir de onze ans, et ce qui s’est passé sur le champ même n’y est volontairement pas raconté.
La clé La clé se perd sur le champ de bataille et est ramassée par un soldat qui part pour Marrakech.
Tome 9
Le palais de sucre
1578 – 1603 · Marrakech, le palais el-Badi
Un sultan bâtit le plus beau palais de son temps et le paie avec du sucre et de l’or venus du désert. Lalla pose les zelliges — et apprend d’où vient cet or.
Raconté par Lalla, douze ans, fille d’un poseur de zelliges
Ce qui s’est vraiment passé
Ahmad al-Mansour a fait bâtir à partir de 1578 le palais el-Badi à Marrakech. « El Badi » veut dire : l’incomparable.
Il a été payé par le commerce du sucre et par l’or, entre autres après la campagne contre l’empire Songhaï en 1591.
On y a employé du marbre d’Italie, payé, dit-on, en sucre à poids égal.
Vers 1700 le sultan Moulay Ismaïl a fait démolir le palais pour bâtir Meknès. Ce qui reste est une ruine qu’on peut encore visiter.
La campagne contre le Songhaï a apporté la richesse au Maroc et détruit en même temps l’un des plus grands empires d’Afrique de l’Ouest, avec la ville de Tombouctou.
À Tondibi en 1591, une armée marocaine dotée d’armes à feu a battu une armée songhaï bien plus nombreuse qui n’en avait pas. Environ la moitié des soldats marocains n’a pas survécu à la traversée du désert.
Le savant Ahmad Baba a été emmené de Tombouctou à Marrakech. Sa bibliothèque de seize cents livres a été confisquée ; selon lui c’était la plus petite collection de sa famille. Il a enseigné des années à Marrakech et est revenu plus tard chez lui.
Le sucre venait des champs de canne du Souss, travaillés dans des moulins à eau. Le travail était en grande partie forcé et on a coupé beaucoup de forêt pour cela.
Ahmad al-Mansour a échangé des ambassades avec la reine Élisabeth Ire d’Angleterre. Son envoyé Abd el-Ouahed ben Messaoud était à Londres en 1600 ; le portrait qu’on y a peint de lui existe encore.
Al-Mansour est mort de la peste en 1603. Ses trois fils se sont ensuite disputé le trône pendant des années et l’empire s’est défait.
Moulay Ismaïl a fait démolir le palais vers 1700 et transporter les matériaux à Meknès. Ce qui reste est ce qui ne valait pas la peine d’être emporté.
Ce qui est inventé
Lalla, son père et ses enfants n’ont pas existé.
Les paroles d’al-Mansour dans ce livre sont inventées, et l’histoire du bouffon qui a dit que ce serait une belle ruine a probablement été imaginée plus tard.
Que Shakespeare ait vu l’ambassade marocaine à Londres et qu’Othello en soit sorti se dit depuis des siècles mais n’a jamais été prouvé. C’est pour cela que c’est écrit ici comme une chose qui se dit.
La clé La clé est murée dans un mur du palais et ressort quand le palais est démoli.
Tome 10
La ville au bord de la mer
1764 · Essaouira, qui doit encore être bâtie
Un sultan fait bâtir une ville portuaire sur un lieu venteux où personne n’habite, et demande à un ingénieur français de la dessiner. Yto voit sa plage devenir une ville aux rues droites.
Raconté par Yto, treize ans, fille d’un pêcheur
Ce qui s’est vraiment passé
Le sultan Mohammed ben Abdallah a fait aménager à partir de 1764 la ville portuaire d’Essaouira (Mogador).
Le plan aux rues droites et les fortifications ont été conçus avec l’aide d’ingénieurs européens, parmi lesquels le Français Théodore Cornut.
La ville a été ouverte au commerce avec l’Europe et a compté une grande communauté juive qui a joué un rôle clé dans ce commerce.
Le nom Essaouira est le plus souvent expliqué comme « la petite muraille » ou « la bien dessinée ».
Sur l’île en face de la côte on fabriquait déjà dans l’Antiquité de la pourpre à partir de coquillages. Les restes de ces ateliers ont été fouillés.
La ville a un plan rectangulaire, contrairement aux médinas poussées d’elles-mêmes de Fès et de Marrakech. Cela la rendait lisible et défendable.
Le sultan a fait venir des familles marchandes juives et a donné à plusieurs d’entre elles le droit de commercer en son nom : les tujjar as-sultan, les marchands du sultan. À son sommet, une grande part de la population était juive.
De cette communauté, presque tout le monde est parti au vingtième siècle. Les synagogues et le cimetière sont toujours là.
Ce qui est inventé
Yto, son père, Esther et le commis Abdeslam n’ont pas existé.
La rencontre avec l’ingénieur est inventée, et sa réponse « des canons » aussi — même si c’est bien ce qui faisait la valeur d’un plan rectangulaire à cette époque.
La tempête de la septième année est inventée.
La clé La clé est trouvée dans le sable et embarque sur un navire pour l’Amérique.
Tome 11
Le premier pays qui a dit oui
1777 · Tanger, Salé, et un navire vers l’autre rive
Un jeune pays de l’autre côté de l’océan demande à être reconnu, et le Maroc est le premier à répondre. Brahim recopie les lettres — et comprend qu’une signature pèse parfois plus lourd qu’une armée.
Raconté par Brahim, quatorze ans, aide d’un écrivain du port
Ce qui s’est vraiment passé
En 1777 le sultan Mohammed ben Abdallah a déclaré que les navires américains pouvaient user librement des ports marocains.
Le Maroc est de ce fait considéré comme l’un des premiers pays à avoir reconnu les États-Unis.
En 1786 a suivi le traité d’amitié maroco-américain, toujours en vigueur : c’est le plus ancien traité ininterrompu des États-Unis.
Le consulat américain de Tanger, offert par le sultan, est le plus ancien bâtiment public américain hors des États-Unis. C’est aujourd’hui un musée.
Le traité de 1786 a été négocié par Thomas Barclay. Contrairement aux autres États de cette côte, le Maroc n’a demandé aucun paiement annuel.
Le traité prévoit que l’équipage d’un navire échoué est secouru et qu’on ne lui prend rien. C’était alors tout sauf évident.
En 1789 George Washington a écrit au sultan. Cette lettre commence par « Grand et magnanime ami » et existe encore.
Des corsaires naviguaient des deux côtés de la Méditerranée : de Salé, d’Alger, de Tunis et de Tripoli, mais aussi de Malte, de Livourne et d’Espagne. Un corsaire avait d’un prince des papiers disant quels navires il pouvait prendre.
Dans les ports de la Méditerranée on a parlé pendant des siècles une langue mêlée — la lingua franca — faite de mots italiens, espagnols, arabes et portugais, sans conjugaisons.
Ce qui est inventé
Brahim et l’écrivain du port Si Lhabib n’ont pas existé.
Le contenu des conversations sur le traité est inventé.
Les lettres d’équipages capturés que Brahim recopie sont inventées ; que de telles lettres aient été écrites par milliers ne l’est pas.
La clé La clé se trouve dans une caisse de documents et reste au consulat de Tanger.
Tome 12
La montagne qui n’a pas suivi
1921 – 1926 · Le Rif
Dans les montagnes du Rif, une communauté tient tête à deux grandes armées à la fois. Itto porte des messages entre les villages — et apprend ce qui arrive à une histoire quand ce sont les vainqueurs qui l’écrivent.
Raconté par Itto, quinze ans, fille d’un instituteur de village
Ce qui s’est vraiment passé
Entre 1921 et 1926 la république du Rif, sous Abd el-Krim, s’est battue contre l’Espagne puis aussi contre la France.
En 1921 l’armée espagnole a subi une lourde défaite à Anoual.
Des armes chimiques ont été employées dans cette guerre contre la population du Rif. L’Espagne l’a longtemps nié.
Le Maroc était alors sous protectorat français et espagnol, depuis 1912.
Abd el-Krim a étudié à la al-Qarawiyyin de Fès, a été juge au service de l’Espagne à Melilla et a écrit pour un journal espagnol. En 1915 l’Espagne l’a emprisonné ; lors d’une tentative d’évasion par une fenêtre il s’est cassé la jambe et il a toujours boité.
La république du Rif avait un conseil, des juges qui n’étaient pas liés à une seule tribu, un impôt et des écoles. Il n’en est presque rien resté d’archives.
Après sa reddition, Abd el-Krim a été exilé sur l’île de La Réunion, où il a vécu vingt et un ans. En 1947 il est descendu à Port-Saïd et est resté en Égypte ; il est mort au Caire en 1963.
La langue du Rif est le tarifit, une langue amazighe. Le tamazight n’est devenu langue officielle du Maroc que dans ce siècle.
Ce qui est inventé
Itto et sa famille n’ont pas existé.
Cette partie parle d’une guerre. Elle est écrite pour des lecteurs à partir de douze ans et garde la violence hors champ, mais celle-ci est bien là.
Ce qu’Itto a vu des attaques au gaz n’y est pas. C’est un choix : elle-même n’en a jamais parlé en détail, et il n’appartient alors pas à un écrivain de le remplir à sa place.
La clé La clé part dans un sac de messagère et est enterrée sous un plancher quand le village est évacué.
Tome 13
L’année où le roi est revenu
1953 – 1956 · Rabat, Casablanca, et une île très loin
Le roi est chassé du pays et le peuple se soulève. Dans l’imprimerie de son père, Nadia voit à quel point une pile de papier peut être dangereuse.
Raconté par Nadia, quatorze ans, fille d’un imprimeur
Ce qui s’est vraiment passé
En 1953 le sultan Mohammed V a été déposé et exilé par les autorités françaises, d’abord en Corse puis à Madagascar.
Son exil a provoqué de grands troubles et une résistance dans tout le pays.
En novembre 1955 il est revenu ; le 2 mars 1956 le Maroc est devenu indépendant de la France, suivi peu après par la zone espagnole.
La résistance a été portée par des groupes très différents : des partis urbains, des syndicats, et des groupes armés dans les campagnes.
En janvier 1944 a été signé le Manifeste de l’indépendance. Des soixante-six signataires, Malika El Fassi était la seule femme ; elle s’est battue toute sa vie pour l’instruction des filles.
Le boycott des produits français, surtout du tabac du monopole d’État, a été l’un des moyens les plus efficaces de la résistance.
Depuis Le Caire, La Voix des Arabes émettait, et en ces années on la captait dans toute l’Afrique du Nord.
Pendant les années d’exil du sultan, beaucoup de gens ont dit voir son visage dans la pleine lune. Cela s’est produit dans tout le pays.
Ce qui est inventé
Nadia et son père n’ont pas existé.
Les tracts du récit sont inventés, même si l’imprimerie clandestine a bel et bien existé en ces années.
Les onze jours de détention de son père sont inventés. Que des gens aient été arrêtés sans que leur famille sache où ils étaient ne l’est pas.
La clé La clé est dans un faux livre où l’on cache des tracts, et reste à Casablanca.
Tome 14
Noir sur blanc
2011 · Rabat, et un village du Haut Atlas
Une langue que tout le monde parle mais que personne n’a le droit d’écrire trouve enfin sa place. Anir apprend à sa grand-mère à écrire son propre nom dans un alphabet plus vieux que Rome.
Raconté par Anir, douze ans, petit-fils d’une femme qui ne sait pas lire
Ce qui s’est vraiment passé
En 2011 le tamazight a été inscrit dans la constitution marocaine comme langue officielle, à côté de l’arabe.
Le tamazight s’écrit en alphabet tifinagh, qui remonte à une écriture employée en Afrique du Nord depuis plus de deux mille ans.
L’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) a été créé en 2001 et a fixé l’orthographe actuelle.
Dans les faits il a fallu des années avant que la loi soit appliquée ; en 2019 cela a été précisé davantage.
Il a longtemps existé une liste de prénoms autorisés où les prénoms amazighs manquaient. Des parents étaient pour cela renvoyés à l’état civil. Cette restriction n’a été levée que dans ce siècle.
La constitution de 2011 est née l’année où toute la région manifestait. Au Maroc ces protestations ont commencé en février ; en juillet on a voté sur la nouvelle constitution.
Chez les Touaregs du Sahara le tifinagh n’est jamais tombé en désuétude. La version employée aujourd’hui à l’école a été refixée, avec des signes pour des sons que l’ancienne version n’avait pas.
Ce qui est inventé
Anir et sa grand-mère n’ont pas existé.
Le village du récit est inventé, mais il ressemble à des villages qui existent vraiment.
L’inscription rupestre à deux vallées de là est inventée. De telles inscriptions existent bel et bien en de nombreux endroits d’Afrique du Nord.
La clé La clé est dans une boîte de cuivre au village, parmi des choses que plus personne ne sait situer.
Tome 15
La boîte de jeddti
Aujourd’hui · Utrecht, et un village du Haut Atlas
Adil doit partir au Maroc et ne veut pas. Dans l’armoire de sa grand-mère il trouve une clé qui n’ouvre aucune porte — et un voyage de deux mille ans aboutit à lui.
Raconté par Adil, treize ans, né aux Pays-Bas
Ce qui s’est vraiment passé
Les quatorze parties précédentes se déroulent autour d’événements qui ont réellement eu lieu.
Environ cinq millions de personnes d’origine marocaine vivent hors du Maroc, la plupart en Europe.
Beaucoup de familles conservent des objets venus d’une maison où plus personne n’habite. Les clés de maisons abandonnées en sont un exemple connu.
Ce qui est inventé
Adil et sa famille sont inventés — même s’il paraîtra familier à bien des lecteurs.
La clé elle-même est inventée du début à la fin. Elle a été imaginée pour relier deux mille ans, et c’est exactement ce qu’une histoire a le droit de faire.
La clé La clé arrive chez Adil. Il est le quinzième et le dernier, et il décide lui-même de ce qu’il en fait.
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